Comme tout régime autoritaire, la Russie du couple Poutine/Medvedev a désespérément besoin d’ennemis extérieurs pour justifier la restriction de ses libertés intérieures. Cette posture lui permet également d’asseoir l’autorité de l’État sur un nationalisme qui place les frontières « naturelles » de la Russie à l’endroit même des contours géographiques de l’ancienne Union soviétique (ex-pays satellites inclus). Aussi, après la Géorgie (Abkhazie et Ossétie du Sud), et demain peut-être la Moldavie (Transnistrie) et l’Ukraine (Crimée), les États baltes risquent de subir les nouvelles ambitions néo-impériales russes en Europe. Celles-ci constituent donc un véritable défi géopolitique pour l’Union européenne, qui pourrait voir pour la première fois de son histoire son intégrité territoriale remise en question.

Dès lors, on ne peut que regretter la naïveté diplomatique de nombreux gouvernements européens qui continuent d’ignorer que seule la plus stricte fermeté (même symbolique ou limitée à des contraintes économiques) est à même de limiter les velléités de puissance de la Russie. Car l’Union européenne dispose d’atouts non négligeables dans ses relations avec la Russie, dont elle constitue le principal débouché économique. La dépendance énergétique, principalement gazière, est en effet réciproque : 75 % des recettes d’exportation du secteur énergétique russe proviennent de l’Union européenne et la totalité des gazoducs sont actuellement dirigés vers l’Europe. L’UE constitue par ailleurs le premier partenaire économique de la Russie (50 % du commerce extérieur russe). Aussi, imagine-t-on mal Moscou ne pas prendre au sérieux le risque d’un ralentissement des échanges économiques que ferait légitimement peser Bruxelles en guise de représailles.

Enfin, il convient de rappeler que la dépendance énergétique européenne (et notamment celle de l’Allemagne) vis-à-vis de la Russie n’est pas une fatalité. Elle apparaît d’autant plus irresponsable qu’elle participe par ailleurs d’une politique à court terme : il existe en effet un sérieux risque que, dans quinze ans, la Russie ne soit plus en mesure d’exporter son gaz naturel, compte tenu de l’accroissement de sa consommation intérieure (que des pratiques de gaspillage énergétique ne fait que renforcer), de la vétusté de ses infrastructures et de l’absence d’investissements dans la recherche de nouveaux gisements. Or, l’UE dispose d’une situation géographique privilégiée puisqu’elle se situe à proximité de plusieurs réserves importantes de gaz naturel : Afrique du Nord, mer Caspienne et région du Golfe. L’Union européenne devrait donc chercher à renforcer ses liens avec d’autres pays producteurs (comme l’Algérie, le Qatar ou les républiques d’Asie centrale) et encourager la construction de voies alternatives, comme le gaz liquéfié (ce qui implique la construction de navires et terminaux méthaniers, et d’usines de liquéfaction) ou encore le projet de gazoduc Nabucco, qui permettrait de relier les ressources énergétiques de la mer Caspienne et de l’Asie centrale, voire de l’Iran, à l’Europe centrale, et dont le tracé, à travers le territoire de la Turquie, contourne la Russie.

Au-delà, il devient désormais indispensable que les pays membres de l’UE définissent en commun une véritable politique européenne de l’énergie, qui fixe les grandes orientations technologiques pour demain (nucléaire, énergies renouvelables, etc.) ainsi que les grands axes d’une géopolitique qui pose comme principe fondateur la multiplicité des sources d’approvisionnement. En cela, force est de constater la faillite d’une géopolitique allemande bien trop ancrée vers l’Est et la légitimité renouvelée d’une politique étrangère française regardant au Sud (Union pour la Méditerranée).

(1) Un dossier spécial y est consacré dans le n° 39 de septembre 2008 du
magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale) disponible en kiosque.
(2) Voir le numéro hors-série de Diplomatie (n° 06, juin-juillet 2008, 100 pages) consacré à la politique étrangère de la France du Moyen Âge à nos jours (pour le commander : bon de commande infra, page 29).
(3) À ce sujet, voir le numéro spécial de DSI (collection « Dossiers & Documents »,
mai 2008, 68 pages) intitulé : Apport des capacités navales dans le système de défense et de sécurité nationales.

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